Interview de Sandra Castella
Propriétaire gérante de la Laiterie du Camus

Non non non, pas du tout.
Je ne suis pas laitière-fromagère. Ma passion est bien la connaissance des fromages, l'épicerie fine et le service à la clientèle.
Le but de mon magasin est d'offrir un large choix de fromages, qu'ils soient régionaux, mais également en provenance de régions plus éloignées et d'autres pays. Il existe une telle variété de fromages que je souhaite faire découvrir et proposer à ma clientèle.
Malheureusement, ces derniers temps, les prix ont fortement augmenté. Il arrive régulièrement d'avoir une remarque de la part d'un client. C'est vrai, les fromages ont pris une place importante en terme de prix dans l'alimentaire, tout comme la viande et le poisson, par exemple.
Sur les trois dernières années, le secteur des fromages a enregistré une inflation notable de 9.6%, plus élevée que l'inflation générale en Suisse. Les coûts de production ont nettement augmenté et à tous les niveaux, que ce soit au niveau de la production, de la transformation et de la distribution. Je peux citer par exemple le prix des fourrages, de l'énergie, des transports, parfois la main-d'oeuvre et l'inflation générale impactant notamment les emballages, le matériel, etc...
Je ne vous communiquerai pas de chiffres précis, car il s'agit de la gestion d'entreprise et de la comptabilité analytique. Mais les prix de vente sont fixés en tenant compte d'une marge brute qui doit permettre de couvrir les frais fixes et frais généraux. Naturellement, les prix du marché influencent également la détermination du prix d'un produit.
En tant que commerçante, je suis le dernier maillon de la chaîne. Cela signifie que je suis face aux clients et qu'ils ne voient que les prix de mes produits, sans transparence par rapport à l'évolution des prix des producteurs et des fournisseurs. Les consommateurs ne constatent une augmentation de prix qu'à travers le prix final affiché dans mon magasin. Cela ne veut pas dire que c'est le magasin qui va en bénéficier.
Ma marge brute n'a pas été augmentée, bien au contraire. J'ai également subi la hausse des coûts d'électricité, entre autres.
Je n'ai aucune influence sur la détermination de mes prix de revient. Je n'ai aucune marge de négociation possible, n'étant pas une grande surface avec un volume conséquent. C'est pourquoi, je ne fais que répercuter l'augmentation des prix des producteurs et des fournisseurs.
Et pour terminer, en tant que commerçante, je réalise des ventes au détail. Ainsi, les prix affichés englobent la TVA. Lorsque celle-ci est augmentée, cela se répercute également sur les prix de vente affichés, sans distinction entre le prix du produit et le montant de TVA. Ce n'est donc pas moi qui bénéficie de l'augmentation des prix.
Nous avons la chance à Estavayer-le-Lac d'avoir un centre ville très actif et au bénéfice de nombreux commerces. Mais je suppose que la pression sur les prix et l'augmentation des charges auxquelles je suis confrontée concerne également mes autres collègues commerçants.
J'ose croire que mon commerce a bonne réputation et est bien intégré dans le paysage des commerçants-artisans de cette ville. C'est aussi dû à l'excellent travail de mes collaboratrices.
Je remercie les commerces d'Estavayer-le-Lac qui jouent le jeu en collaborant et en se fournissant auprès de mon magasin, que ce soit pour la revente de fromages ou pour leurs fondues qui proviennent de ma spécialité, par exemple. Pour ma part, je veille à me fournir également auprès d'artisans pour mon épicerie fine notamment.
La concurrence par rapport aux grandes surfaces est tout à fait légitime. Il ne s'agit nullement du même type de "canal de vente" entre un petit commerçant et une grande surface. Cela ne me pose aucun problème.
Par contre, une concurrence entre commerçants de la ville est préjudiciable, irrespecteuse et non professionnelle. Chacun son métier. Le mien est la fromagerie et l'épicerie fine. Je ne m'aventurerais pas dans un secteur qui n'est pas le mien : par respect du client et par respect du collègue commerçant. Ce n'est malheureusement pas le cas de certains à Estavayer. L'appât du gain plutôt qu'une solidarité régionale....Dommage !
C'est vrai qu'un prix peu être différent d'un endroit à un autre. C'est la liberté de commerce justement.
Comme expliqué auparavant, un prix est fixé en fonction de son prix de revient et d'une marge brute permettant de couvrir les frais fixes et frais généraux. Ainsi, la situation n'est jamais identique d'un commerce à un autre. Chacun devant tenir compte de ses propres charges (montant du loyer, salaires, frais généraux, conditions auprès des producteurs et des fournisseurs, etc...).
Par exemple, si un commerçant décide de faire de la concurrence en vendant également des fromages, alors que ce n'est pas son activité principale, il doit naturellement veiller à proposer des prix plus bas. Ses frais fixes seront certainement couverts uniquement par la marge brute de son activité principale et il pourra alors ainsi réduire sa marge sur les produits secondaires, afin d'être faussement attrayants. Je ne qualifierais pas cette démarche de loyale.
C'est vrai que pour un commerce comme le mien ou je ne produis rien, mais qui consiste uniquement à de la revente, je pense que les belles années, comme on dit, sont derrières moi.
Mais heureusement, grâce à une clientèle fidèle, un large choix de fromages de toutes régions, de l'épicerie fine et des spécialités (comme mes plateaux de fromages et mes fondues), mon magasin a encore sa place sur le marché.
N'oublions pas que le conseil et le service à la clientèle sont primordiaux pour un commerce comme le mien. Et pour ça, j'ai la chance de pouvoir compter sur mes collaboratrices qui, tout comme moi, bénéficient d'années d'expérience et de grandes compétences dans ce domaine.
La société couvre ses charges, mais il faut toutefois accepter un salaire modeste.
Là aussi, il s'agit de gestion d'entreprise. Il faut bien sûr consacrer une part des résultats pour les investissements. Je dois veiller à ce que le magasin soit agréable et évolue. J'ai notamment changé tous les luminaires.
La matériel a également besoin d'évoluer et d'être régulièrement adapté et changé. Le tout est de prévoir à l'avance ces besoins et de veiller à ce qu'ils soient adaptés aux moyens.
Bien sûr qu'en tant que propriétaire-gérante, je réfléchis régulièrement aux possibilités de faire évoluer mon entreprise. Mais il faut rester réaliste.
Prenons deux exemples :
Tout d'abord, pour être présente par exemple sur le marché d'Estavayer-le-Lac, il faut franchir un niveau d'activité supérieure demandant d'importants moyens et investissements. Il faut notamment soit un véhicule frigorifique, soit une vitrine frigorifique mobile (et un véhicule pour la transporter), un lieu de stockage de ce matériel hors période de marché, du personnel en plus de celui du magasin, etc... Pour couvrir toutes ces charges supplémentaires, l'activité ne serait pas rentable. A moins que l'activité des marchés soit une activité à plein temps, tous les jours, dans divers endroits. La situation serait différente si je n'avais pas de magasin et que je ne proposerais mes produits que sur les marchés.
Comme deuxième exemple, j'étais intéressée à acquérir un distributeur automatique frigorifique pour proposer une gamme de produits accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Malheureusement, je n'ai pas pu obtenir l'autorisation pour l'installation d'un automate dans le jardinet attenant à mon magasin. Cela aurait été l'endroit idéal et aurait répondu à une demande de mes clients. Après étude, une installation à un autre endroit de la ville n'était soit pas possible, soit pas rentable, soit pas satisfaisante.
Effectivement, j'y ai pensé. Ce serait une solution intéressante, sous réserve du coût de rémunération de cette structure.
Toutefois, selon les explications qui m'ont été communiquées, la "Petite épicerie" d'Estavayer s'adresse principalement à des producteurs qui désirent proposer leurs produits et non pas à des revendeurs. Je trouve ceci dommage, car je pense que chacun son métier.
Un producteur crée des produits et les fait évoluer. La vente au détail en tant que telle n'est pas forcément de son ressort, soit par manque de connaissance, soit par manque de temps et de moyens à investir. La vente au détail est justement du ressort d'un commerce comme le mien qui va pouvoir promouvoir les produits et les artisans-producteurs. Je crois qu'il s'agit d'un lien primordial entre le consommateur et le producteur.
Bien sûr. Je tiens tout particulièrement à les remercier pour leur fidélité !
Et merci pour leur choix de s'adresser à un commerçant-artisan d'Estavayer. Grâce à eux, ils participent à maintenir l'existence des petits commerces.
Un grand merci !
Oh que oui !
J'ai toujours autant de plaisir à être en contact avec la clientèle, à lui faire découvrir le vaste choix de fromages et de la conseiller.
Ma passion des fromages est intacte et je la partage volontiers. Gérer un commerce n'est pas sans difficulté, mais on en retire une énorme satisfaction.

